Posté 19 mars 2025 - 19:27
Je vous donne mon point de vue qui vaut ce qu'il vaut.
Il faut avoir en tête les atouts et les limites de la SCIC et avoir de l'empathie pour toutes les parties prenantes, c'est à dire tenir compte des intérêts de chacun :
Les atouts :
- une gouvernance collégiale si elle est respectée
- Un système où les comptes sont contrôlés par tous les membres
- Un système où les collectivités peuvent être actionnaires et donc surveiller l'utilisation de l'argent public
- Un système où la majeure partie des bénéfices réalisées doivent être réinvestis dans l'entreprise
- Aucun actionnaire majoritaire possible. Ca veut dire que chaque décision se fait en entente.
Les freins :
- la gouvernance collégiale est compliquée quand un actionnaire met beaucoup d'argent et d'autres beaucoup moins
- les bénéfices sont remis pour partie dans l'entreprise mais encore faut-il des bénéfices...
- Quand il y a un déficit normalement tous les actionnaires devraient pouvoir remettre au pot. Mais dans la réalité ce n'est pas le cas. En l'occurrence quand un actionnaire accepte de mettre au pot et qu'il ne peut en plus pas diriger seul ça devient compliqué.
- Pour la même raison il est difficile d'attirer de nouveaux actionnaires car si le modèle est vertueux il n'est pas forcément compatible avec une logique libérale : "je mets l'argent je dirige".
- Est-ce que les collectivités, parties prenantes de la SCIC souhaitent assumer une mauvaise gestion sportive ? Elles ont répondu par la négative car ce n'est pas leur champ d'intervention. On ne peut pas leur en vouloir. Du coup, il était plus sain qu'elles flêchent leur apport sur le centre de formation qui était l'objet de toutes les attentions à l'été 2023.
La décision se prend ensuite entre toutes les parties prenantes :
- Les Socios souhaitaient-ils la SCIC ? oui
- Les collectivités souhaitaient-elles la SCIC globale ? oui au départ pour la plupart moins par la suite quand elles ont analysé les enjeux
- Les actionnaires voulaient-ils la SCIC globale ? Non
Dès lors : est-ce que les Socios seuls sont en mesure de reboucher le trou de 3 ou 4 millions d'euros chaque année ? Non
Est-ce que les collectivités ont vocation à combler un déficit de 3 ou 4 millions d'euros chaque année ? Non
On poursuit donc la négociation car on ne peut pas foutre en l'air la présence des Socios dans la gestion du club pour un modèle qui n'est pas pérenne. Pourquoi pas pérenne ? Car un actionnaire n'acceptera pas de remettre au pot dans un club qui perd de l'argent chaque année sans en avoir le contrôle et comme dit plus haut les Socios ne pourront pas combler les 3 ou 4 millions de déficit annuel et les collectivités n'ont pas vocation à remettre une telle somme chaque année avec l'argent des contribuables. Ca ne se justifie pas quand il y a tant d'autres actions à mener pour la santé, l'économie, l'habitat, les transports, l'écologie, la sécurité etc.
Et contrairement à Bastia, Sochaux a deux énormes charges chaque année qui rendent le club déficitaire : un stade qu'il loue très cher (le plus cher ligue 2 et National confondu) et un centre de formation exceptionnel mais vieillissant et couteux.
Dès lors, la SCIC sur le centre de formation semblait un bon compromis (il y aurait pu ne pas avoir de SCIC du tout) car cela sécurise le joyau de la couronne pour quelques années (sauf si le club disparait en N2 évidemment...).
Quand au stade pas question de SCIC puisqu'il appartient à PMA.
Mais, si on convoque l'histoire de la formation à Sochaux, tous les 25 ans le club a su investir avec les pouvoirs publics pour faire prendre un virage au club dans ce domaine.
En 1949, le club crée la phalange des Lionceaux. Le principe est simple. Peugeot reconstruit son usine et n'a plus le moyen de payer des vedettes. On va donc aller former des jeunes à devenir pro pour jouer en équipe professionnelle. On s'appui donc sur les concessionnaires de la marque dans toute la France et sur le réseau des anciens joueurs pour recruter les meilleurs jeunes de 18 à 22 ans. Le matin ils s'entrainent et l'après-midi ils travaillent à mi-temps à l'usine. Ils sont nourris, logés et blanchit au Cercle Hôtel Peugeot et ils ont un petit salaire.
En 1974, ce modèle à bout de souffle nécessite un profond changement. Le club crée donc le premier centre de formation de France. Cette fois les gamins sont recrutés beaucoup plus jeunes vers 14-15 ans et se forment matin et après-midi au football entrecoupé de quelques cours évidemment. Ils vivent dans les préfabriqués Avenue Chabaud et plus tard dans la Villa des Forges face au Bungalow. Ce système fonctionne très bien jusqu'à la fin des années 80 et au tout début des années 90. Mais à partir de 1991 il s'essouffle grandement, victime de la concurrence des autres clubs qui ont des installations beaucoup plus confortables, qui payent les parents pour que leur fils signe à Auxerre, Saint-Etienne, Nantes et ont tous de meilleures performances sportives de leur équipe première dans des stades plus beaux que le vieux Bonal. C'est le déclin.
En 1998, après plusieurs années de tractations, les collectivités, Peugeot et le club financent un centre de formation flambant-neuf à Seloncourt dans un ancien château de la famille Peugeot donné à PMA. Ce centre fait rapidement des étincelles et devient même le meilleur de France au tournant des années 2010. Il fonctionne très bien. Mais depuis 2015 et la vente aux Chinois, il est devenu vêtuste par certain côté car aucun des proprios précédents n'a investit dedans et même si on continue à former des top joueurs européens on ne rivalise plus avec les cadors nationaux et la source menace de ce tarir. car le club est désormais en N1 !
En 2024, le centre de formation devient une SCIC. Une première en France qui n'aura de valeur que si on en fait quelque chose. Aujourd'hui, autour de la table on retrouve les collectivités, et les actionnaires du club (je ne parle pas de Sociochaux qui au lieu de prendre le projet à bras le corps et d'attendre pour co-financer avec une grosse somme un projet pérenne notamment pour toutes les féminines préfère budgétiser 75 000 euros (la plus grosse dépense de l'association après les 800 000 euros mis dans le club en 2023) pour financer la thèse de sociologie d'une seule personne. Chacun juge cela en son âme et conscience).
Il faut donc regarder les autres clubs qui nous ont ou sont en train de nous dépasser : Reims, Strasbourg, Metz, Monaco, Auxerre, Paris SG, OM. On s'aperçoit qu'il faut investir dans un centre de la performance comme l'envisageait Nenking. Peut-être pas à la même hauteur qu'eux mais ça sera un passage obligé pour progresser. Il faut plus de terrains et de vestiaires notamment pour les féminines, des bureaux plus spacieux, plus de chambres pour accueillir plus de jeunes, mais aussi investir dans des machines high tech et dans l'IA pour progresser en plus d'un suivi médical strict et d'une préparation physique sur-mesure pour chaque joueur. Faut aussi repenser le recrutement et intensifier les partenariats locaux (tous nos clubs francs-comtois) et internationaux en plus du Congo et du Luxembourg (Omar Daf avait une idée simple et efficace avec le Sénégal qui pourrait encore être creusée, mais on devrait aussi solliciter nos anciens joueurs partout dans le monde...).
Bref, vous l'aurez compris, le club ne peut pas survivre si on continue comme les Chinois à reboucher un déficit tous les ans ou presque ou à chercher à faire des économies sur des postes de fonctionnement. Il faudra nécessairement investir pour s'en sortir. D'abord sur l'équipe fanion et sur un excellent entraîneur en arrêtant les paris et les has been comme depuis 10 ans.
Quand Nenking est arrivé, on attendait tous qu'ils investissent. Et même s'ils ont mis le mauvais pilote dans l'avion et qu'ils ont fait n'importe quoi en matière de gestion financière, leur projet sur le papier allait dans le bon sens et il ne faut pas tout jeter :
- Nouvelle pelouse pour le stade et le centre pour favoriser un jeu de qualité
- Futur centre de la performance
- Partenariat avec un club du Congo pour le recrutement des jeunes (je ne sais pas si c'est bien ou pas, je ne juge pas car les personnages derrière étaient louches)
- Club partenaire au Luxembourg pour que les jeunes s'aguerrissent en prêt.
Donc pour le centre il faut un projet, une stratégie et un financement sinon son destin sera celui de ces entreprises industrielles vieillissantes, sauvés de la banqueroute et qui après une cure d'austérité disparaissent car aucun investissement ou presque n'y a été consenti. Et c'est ça la priorité pour moi et pas la com, ou l'expérience stade qui marchera toute seule le jour où le club redémarrera sportivement.
C'est ma vision. Yaka faukon derrière un ordi c'est facile mais il faudra des moyens financiers pour y parvenir. Bonne chance aux dirigeants locaux. Je souhaite profondément qu'ils réussissent car ce modèle franc-comtois j'en ai rêvé pendant longtemps.