A travers une lettre ouverte destinée à Francis Gillot, j'ai souhaité réagir aux récents propos de l'entraîneur sochalien tenus suite au match face au Mans et, plus généralement, sur la communication particulière de celui-ci que j'estime, au même titre que de nombreux autres, nuisible aux joueurs, aux résultats et au club.
Monsieur Gillot,
Depuis deux ans maintenant, nous assistons impuissants à la décrépitude de notre club alors que le 12 mai 2007, nous portions fièrement nos couleurs dans les travées du Stade de France, fêtant le triomphe d'un groupe qui semble aujourd'hui appartenir à un passé lointain et révolu. Le 23 mai dernier, 20'000 supporters soutenaient voix (c'est assez rare pour le souligner) et âmes les" Jaune et Bleu" dans leur quête d'un deuxième maintien à l'arrachée consécutif face au FC Nantes, offrant une ambiance digne des grandes heures européennes (qui semblent, pour le coup, préhistoriques) vécues face à Dortmund ou l'Inter Milan. Plus encore, ce sont des applaudissements nourris qui ont salué, le 15 août, la prestation des joueurs face au champion en titre bordelais, malgré la défaite qui ne laissait en rien présager de tels abandons face à Valenciennes ou Nancy. Samedi dernier, pourtant, vous avez pour la énième fois pointé du doigt le « douzième homme », comme pour mieux vous défiler face à vos responsabilités dans les mauvais résultats engrangés depuis de nombreux mois et l'usure galopante constatée depuis le coup d'envoi du championnat, et couronner une communication globale qui laisse des plus dubitatif.
« Les gars avaient un peu peur de retrouve le public. Ce n'était pas évident pour se lâcher. Le public doit se dire que la Coupe d’Europe, c’est fini pour l’instant. Faut pas rêver. Jouer le maintien, c’est avoir des manques. Nous avons donc besoin de supporters. Ceux qui veulent siffler, c’est leur problème mais j’ai toujours dit que nous avions besoin de tout le monde. Si le public est contre nous, autant aller directement en Ligue 2 où nous devrions être depuis deux ans déjà ».
Sans être particulièrement une vierge effarouchée, n'importe quel supporter du FC Sochaux-Montbéliard ne peut que se scandaliser face à cette déclaration et en particulier votre dernière phrase. Celle-ci ne signifie ni plus ni moins vis-à-vis des joueurs présents depuis deux ans qu'ils sont des "joueurs de merde" et qu'ils peuvent s'estimer heureux que le grand entraîneur que vous êtes a été là pour éviter le naufrage. Tenir un discours mesuré, à savoir votre sempiternel "on joue le maintien" à la trêve et alors que nous ne comptons que 14 points, évidemment d'accord. L'affirmer, le répéter dès le mois de juillet, c'est inadmissible. Louis Nicollin, président d'un club qui pointe aujourd'hui à la 3ème place du classement, déclarait dans les grandes lignes avant le premier match de la saison que Montpellier était là pour être dans les 10 premiers car jouer le maintien ne veut rien dire si ce n'est se mettre une pression identique mais de manière négative. C'est tout à fait vrai ! C'est tout à fait le contraire que vous faites depuis votre arrivée.
Vous plombez le moral de chacun avec vos déclarations lagardo-fillonesques :
- les joueurs vont définitivement intégrer qu'ils sont les plus mauvais joueurs du championnat, tous autant qu'ils sont, et qu'ils sont condamnés dès le premier match à chercher l'exploit sur leur pelouse contre Boulogne et Grenoble pour se maintenir.
- le public qui n'a pas envie de voir son équipe "jouer le maintien" alors que la saison n'a pas débuté et qui, en toute logique, ne dépensera pas des mille et des cents pour encourager une équipe miraculée mais vouée à la Ligue inférieure.
Le public, Monsieur Gillot, n'attendait pas l'Europe cette année ! Aucun d'entre nous ici, sur ce site et son forum, ou ailleurs n'a réclamé une place dans les 5 premiers ! Personne n'aurait eu cette prétention après les deux saisons catastrophiques vécues récemment. En revanche, tout le monde attendait - et attend encore - que vous fassiez appliquer à vos joueurs des principes fondamentaux du football afin que nous puissions vivre une saison sans pression particulière et, surtout, ne pas assister à des déroutes inexcusables telle que celle infligée par Valenciennes. Nous attendons simplement que les joueurs mouillent le maillot qu'ils portent, respectent leur public (le saluer en fin de match - les trois tribunes principales au moins, même très rapidement - par exemple), soient solidaires dans le repli et le travail défensif, attaquent en bloc et non en distorsion totale entre les deux attaquants et les huit autres joueurs, montent sur le porteur du ballon... Nous attendons que vous fassiez des choix, que vous tranchiez et que vous ayez le courage de mettre au ban - ne serait-ce que provisoirement - des joueurs dont tout le monde s'accorde à dire qu'ils ne répondent pas aux attentes du haut niveau ou, tout du moins, aux valeurs sportives que notre club tente de véhiculer depuis toujours. Nous attendons, en résumé, le minimum syndical d'un groupe qui, contrairement à ce que vous rabâchez, n'est pas plus condamné que Valenciennes, Le Mans ou Lorient à lutter pour sa survie et à offrir à son public un spectacle indigeste dès le premier match de la saison.
Nous n'attendions pas, non plus, à l'été 2006, l'Europe. Pourtant, un entraîneur a cette saison-là su tirer son groupe vers le haut pour en obtenir plus que le meilleur, un trophée somptueux, du spectacle, des buts et de l'envie. Alain Perrin n'a jamais parlé de "maintien", lui. Simplement d'aller le plus haut possible. Ce sont des données psychologiques que n'importe quel entraîneur de DH, cette division qui, à la vue de vos déclarations, semble tant vous tenir à coeur, peut saisir. N'importe quel entraîneur compétent comprendrait, soit dit en passant, qu'il est tout aussi compliqué de gagner un match en DH qu'en L1 lorsque "l'équipe commence à jouer à la 46ème minute".
Concernant les sifflets qui sont descendus des travées samedi soir, il faut préciser que ce n'était pas non plus le Carnaval de Rio ! Ce public que vous méprisez, Monsieur Gillot, dans vos déclarations, est en droit d'attendre, non pas forcément un jeu sidéralement plus alléchant et des résultats autrement plus excitants, mais au moins un état d'esprit à l'opposé de celui que vous inculquez à vos joueurs et que vous vous obstinez à rabâcher au point de pourrir petit à petit le moral, l'envie et la passion de chacun, joueur comme public. 11'000 personnes ont eu le courage de venir soutenir leur équipe après la honte qu'ils s'étaient vu infliger deux semaines plus tôt et, si leur soutien était peut-être trop discret à votre goût, ils ne méritaient certainement pas une telle sortie médiatique.
Personne ne remettra en cause votre implication dans notre survie lors de votre arrivée il y a un et demi et le second souffle insufflé à un groupe à l'agonie. Force est de constater que ce même groupe suffoque à nouveau et que vous vous plaisez à lui maintenir la tête sous l'eau, sans lui donner la moindre chance de s'exprimer autrement que dans la souffrance et la réaction. La communication est la base d'un environnement de travail sain et favorable aux résultats et ce alors que vous ne pouvez vous plaindre ni d'infrastructures défaillantes, ni d'une pression populaire et médiatique étouffante.
Si votre communication change, l'état d'esprit changera et le soutien du public n'en sera que plus fort.
Si vous êtes incapable de vous en tenir à ces principes de base pour, au moins, donner l'impression que tout le monde y croit en interne, prenez vos responsabilités car il est probable que certains de vos collègues en mal de banc seraient fiers, eux, d'être à la tête d'un groupe tel que celui-ci et auraient pour objectif de mener son public au septième ciel plutôt que de "lui remettre les pieds sur terre" ! Car Saint-Exupéry disait dans Pilote de Guerre "Nul ne peut se sentir, à la fois, responsable et désespéré", en effet, il est temps que vous vous sentiez un peu moins desespéré...